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Comités de lecture : meilleures pratiques

En décembre, une amie m’a invitée à commenter les premiers chapitres de son livre en préparation, ce qui m’a motivé à mieux encadrer mon processus de révision. M’ayant prescrit de me montrer impitoyable, elle m’a poussé sans le savoir à réfléchir aux remarques que je voudrais moi-même recevoir.


Recourir à un comité de lecture représente une solution qu’adoptent beaucoup d’auteurs. Un tel groupe accompagnateur balise l’avancement de l’ouvrage, rectifie les erreurs. Mais ce n’est pas donné à tout le monde de juger du travail d’autrui. Les collègues, les proches, la famille peuvent soit éprouver de la difficulté à étayer leurs impressions, soit pêcher par délicatesse de crainte de blesser.


Au cours des jours suivants, j’ai approfondi le sujet sur Internet. Comme on dit ces temps-ci à propos de tout et de rien, j’ai fait mes recherches ! Sur le fonctionnement des comités de lecture, j’ai d’abord orienté ma quête de critères vers les maisons d’édition, puis de façon plus large vers les établissements d’enseignement.


En ce qui a trait aux éditeurs, la récolte s’est avérée frustrante. Grosso modo, trois étapes sont franchies avant de conclure une entente avec un écrivain.


1. Une brève vérification des exigences de base (synopsis, lettre de présentation, biographie, mise en page et orthographe);


2. Inspection rapide du premier et du dernier chapitre pour découvrir le style de l’auteur, l’histoire, les personnages, plus quelques pages pour se forger une opinion quant à l’avenir commercial de l’œuvre.


3. Une fiche standard (résumé, points forts et points faibles) servira à attribuer une note de passage. Malgré les promesses entrevues en deuxième phase, si l’ennui s’installe, il n’est pas garanti que l’évaluateur se tape le reste du manuscrit, compte tenu du volume de textes soumis à son attention au cours d’une année.


Selon moi (pour ce que ça vaut…), on attache une importance démesurée au début et à la fin. Par malheur, elle marque le courant littéraire actuel. À la longue, cette recette (une introduction percutante et une conclusion inattendue) me lasse. Suis-je la seule ?


Quant à la grille d’appréciation, motus et bouche cousue. Je n’en ai pas trouvé trace sur le Web. De là ma curiosité pour les paramètres définis par les écoles qui justifient en ligne les pourcentages inscrits au bulletin de leurs élèves. En voici une liste, bâtie à partir des renseignements glanés sur leurs sites. Leur subjectivité me déconcerte.


Choix et organisation des idées : a) une situation initiale (un aperçu efficace du personnage principal, des événements et des lieux); b) un développement (progression logique, approfondissement des motivations des protagonistes, détails suffisants et non superflus, divisions [chapitres et sous-titres] judicieuses); c) un dénouement imprévisible et original.


Style : adéquation entre l’histoire et le ton (drôle, triste, dramatique, etc.); choix astucieux du narrateur (conteur, témoin, voix omnisciente); vocabulaire juste, expressif et varié; usage approprié de synonymes, de termes génériques ou spécifiques, de pronoms, d’adjectifs, de compléments et d’adverbes; allusion aux cinq sens, aux émotions; application habile de procédés (comparaison, exagération, litote, humour, etc.).


Public : intérêt pour la catégorie d’âge.


Complexité : formulation hermétique ou limpide; nombre raisonnable ou excessif de personnages; chronologie facile à suivre ou déroutante.


Intrigue : captivante ou au contraire insignifiante.


Langue : constructions diversifiées des phrases; niveau de langage adapté (générations, rang social, régionalismes, etc.); présence des mots indispensables au sens; fluidité.


Conjugaison des verbes : harmonisation à l’époque ciblée (passé, présent, futur) et concordance à l’intérieur d’un même segment.


Créativité : singularité des héros ou héroïnes; thème (amour, drame, récit initiatique, etc.) traité avec inventivité; approche imaginative de l’univers narratif (romance, tragédie, fantaisiste, etc.); angle inédit ou audacieux des valeurs exploitées; non-conformisme des dialogues; pittoresque des descriptions et des époques évoquées.


Personnages : crédibilité de l’apparence, du caractère, de la psychologie et des actions; force d’attraction; potentiel d’identification avec le lecteur; utilité des conversations rapportées.


La Forêt de la lecture, une initiative de l’Association des bibliothèques de l’Ontario qui cherche à stimuler l’amour de la lecture à tous âges, partage de son côté avec les internautes ce qu’elle estime essentiel à une sélection satisfaisante[1]. Je paraphrase quelques impératifs :


Qualité littéraire : structure, richesse de la langue, style agréable, rythme, clarté.


Attrait pour le public : lisibilité, inclusion et diversité, thèmes et contenu.


Pertinence et authenticité de la parole : histoire créée en puisant dans sa propre culture ou expérience d’une autre culture, ou encore démarche de consultation appuyée d’une approbation officieuse ou officielle.


Toutes ces variables que devra couvrir le comité de lecture correspondent aux préoccupations de l’auteur ou de l’autrice, à moins qu’il ne soit doté d’un génie tel qu’il n’a pas à s’inquiéter de possibles lacunes, ce qui ne se rencontre pas souvent. La méthode employée n’assure ni le talent ni le succès. Énoncé avec sincérité, l’avis d’autrui constitue les renforts de l’édifice.


En ce qui me concerne, je préfère que mes collaborateurs émettent leur avis au fur et à mesure de la lecture, sans inhibition de leur part, afin de prendre connaissance de leurs réactions spontanées. La fonction « Commentaires » du fichier Word y pourvoit de façon très conviviale, et permet entre autres choses de relever les coquilles, l’orthographe fautive, les incohérences, etc.


Pour les auteurs qui ne disposent pas d’un comité de lecture capable d’exécuter cette tâche qui nécessite qu’on s’y dédie avec sérieux, je signale qu’un programme de parrainage a été mis sur pied par l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ). Sur une centaine de candidats, une dizaine d’apprentis remportent le privilège d’être guidés sur une période de quatre mois par des professionnels. L’UNEQ fournit aussi les coordonnées de réviseurs et de correcteurs ainsi que des informations visant des ateliers d’écriture[2].


Par ailleurs, j’ai terminé l’ébauche de mon prochain roman. Pour le premier jet, je ne me suis pas préoccupée de la qualité du vocabulaire, de la grammaire, de la manière de dire et de maints autres aspects. Non, je n’ai pas peaufiné mes phrases, ligne par ligne, selon un plan conçu et réfléchi comme je m’y étais appliquée pour mes fictions précédentes. Cette fois, j’ai tablé sur une mystérieuse faculté du cerveau qui précise, au fil des mots qu’on laisse venir, la vision de départ. Comme je l’ai déjà confié sur ce blogue, cette technique — à l’extrême opposé de l’instruction dispensée entre les murs de mon couvent — m’insécurise et sollicite tout mon courage.


Parvenue au stade de réécriture, je défriche la forêt — cette image m’a bien entendu été inspirée par le titre du programme ontarien — pour la transformer en terre cultivable où j’aménagerai un jardin plaisant à explorer. Sur les vingt-cinq embryons de chapitres, les trois premiers émergent enfin du fouillis originel. Je dessouche, j’organise les futures plates-bandes, je trace les sentiers d’accès, je planifie les coins d’ombre et les espaces d’ensoleillement. Je porte en avant ma brouette, et ce, dans toutes les directions. De mes mains, j’enlève les roches indésirables, et je place les plants qui deviendront massifs de fleurs, bosquets, haies.


Inévitablement se pointe la question du visiteur. À mon tour de m’exposer au regard d’un comité de lecture ! Dès l’entrée, sera-t-il séduit ou déçu ? Souhaitera-t-il en parcourir tous les chemins ou lambinera-t-il dans les recoins ? Progressera-t-il à bonne allure ou se détournera-t-il avant d’avoir accompli sa besogne ? Percevra-t-il enfin les lignes de fuite et de convergence, saisira-t-il l’intention qui a précédé la mise en chantier et le résultat ambitionné ? Surmonter le sentiment d’une opération de démolition, accueillir la critique pour en tirer tous les bénéfices, voilà le secret d’une alliance productive.

***

En ce Premier de l’an, plusieurs raisons de fêter tempèrent celles de me désoler. Je pourrais épiloguer sur le déséquilibre ressenti lorsque je mets dans la balance les motifs de me réjouir (diplomation des enfants, aboutissement d’un projet amoureux, bilan de santé positif, pérennité et générosité des amitiés sincères), et les pertes subies qui se conjuguent selon deux ordres, soit personnel (liberté, insouciance, certitudes), soit réel (mortalité, sécurité financière, isolement, désertification culturelle). Quelle bonne fée m’a insufflée l’idée de démarrer ce blogue le 1er janvier dernier ! Cette aventure m’a tenu l’esprit occupé au cours de ces douze mois étranges durant lesquels mon assignation à résidence s’est parfois révélée complexe. Aujourd’hui, je célèbre douze billets publiés en autant de mois, l’engagement stimulant d’un auteur tenté par l’entreprise et le lancement des ateliers d’écriture.


Bonne année 2021 !

[1] https://accessola.com/foret-de-la-lecture/procedure-de-soumission-et-criteres-de-selection/, consulté le 27 décembre 2020, publié par l’Ontario Library Association. [2] https://www.uneq.qc.ca/services/formations/parrainage/, consulté le 27 décembre 2020.

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