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Cheminer au travers les détours forcés

En ce samedi matin, jour d’anniversaire de mon fils, une pluie froide et dense oppresse la maison. Souvenir : à sa naissance, le thermomètre affichait trente-trois degrés Celsius et le ciel lumineux du crépuscule fêtait le merveilleux événement. Une autre manifestation désolante de cette misérable année 2020.


Je n’ai pas poursuivi l’écriture de mon roman. J’en suis encore à recadrer la narration. De toute façon, le mois hyperactif que je viens de vivre ne se prêtait pas à une rédaction concentrée et soutenue. La récolte du potager, les travaux que réclame notre bungalow ainsi que la rentrée scolaire qui s’annonçait pour mon conjoint et le plus jeune de mes fils ont accaparé mon attention. En cette période pandémique envahie par l’anxiété, l’accompagnement de ma famille et de mes ami.e.s. a aussi occupé mon quotidien.


Par ailleurs, j’ai trouvé le temps de lire Héloïse d’Anne Hébert prêté par une voisine et L’automne du patriarche de Gabriel Garcia Marquez déniché dans une boîte à livres de mon quartier. L’aventure littéraire, toujours jouissive, m’a cependant plongée dans l’univers de la mort, un rendez-vous non prévu et pénible. Avec l’un, j’ai glissé dans la fascination fatale de la destruction de soi, et dans l’autre, je me suis frottée à l’obstination des peuples à se soumettre à un pouvoir égocentrique, irresponsable et meurtrier. Mon humeur déjà maussade s’est imprégnée d’une teinte ombrageuse. Au point de me demander, comme Christophe Mahé, « Il est où le bonheur ? »


Le ramassage des pommettes et la préparation, ce week-end, de la délicieuse gelée qui relèvera la saveur des fromages dégustés cet hiver me fournit une partie de la réponse. Tout à l’heure je téléphonerai aux garçons et leur voix allumera un feu de joie. Je reconnais que j’ai de la chance.

La créativité ne m’a pas pour autant abandonnée. Une photographie à la une d’un cahier culturel m’a inspiré un personnage pour un texte que je destinais aux tout-petits il y a trois ans. En raison de mon inexpérience dans le domaine de l’illustration, j’avais rangé cet écrit parmi d’autres dans le tiroir des oubliés. Soit dit en passant, le cliché en question — un citoyen marchant devant une sculpture du Parc Jean-Drapeau — n’évoquerait pour personne d’autre que moi la créature que j’ai imaginée. C’est fou quand même d’où émergent les idées !


J’ai sorti mes crayons de couleur et j’ai grappillé pendant tout le mois d’août quelques heures ici et là pour dessiner, effacer, reprendre et redessiner moult fois cette histoire pour enfants avec la frustration d’un apprentissage solitaire bien décevant. Les proportions, la perspective, le choix des couleurs et du médium ne constituent pas une mince affaire pour une autodidacte. Avec le résultat dont j’ai presque honte, j’ai conçu une vidéo que je pose au bas de ce billet. La version PDF a été versée sur ma page personnelle ( https://www.lesfauteursdemots.com/michele-lesage ), dans la section Jeunesse. Je ne me sens pas assez d’aplomb pour l’inclure sur la page boutique. du site. Elle nécessiterait d’être retouchée avec l’œil professionnel d’un éditeur pour lui donner une facture plus intéressante. Je rêve…


Pour ce qui est des ateliers d’écriture dont je parlais dans un billet précédent, je n’ai obtenu aucune rétroaction des bibliothèques de Montréal. J’irai sûrement de l’avant, mais j’ai besoin de rencontrer mon acolyte, Denis Roy, pour parfaire le concept et les occasions ne se créent pas facilement avec les risques de contagion qu’on ne peut pas ignorer. Le projet possède un espace en construction, il n’est pas mort.


Comme par les rues crevées des alentours jonchées de clôtures, tuyaux, moulures et pièces d’équipement en tout genre (je ne me retiens pas d’ajouter excavatrices, bétonnières et montagnes de gravier) qui cernent ma maison en raison de la réfection du réseau d’aqueduc, j’erre dans le dédale de détours obligés d’où je parviendrai peut-être, sait-on jamais, à extraire un flot sain et généreux de mots qui étanchera ma soif et celle d’inespérés lecteurs.


Rêvons de lendemains.





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