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Une pouponnière de talents

Certains hasards sont vraiment curieux. Créé en 2019 à la veille de la pandémie, le site Les fauteurs de mots va son petit bonhomme de chemin sans tapage ni trompette depuis. Cet automne, je me décide à transmettre une demande de subvention, quelques jours avant que je ne succombe sous la virulence de la covid, ma deuxième fois en deux ans, et ce, malgré mes cinq vaccins. Il faut croire que cette toile de fond appartient à mon karma. Tandis que j'aborde ce nouveau billet, je pige la carte « Page grise anonyme », de mon jeu de cartes « Vivaces »[i]. Elle m’évoque Les fauteurs de mots qui lutte contre l’anonymat des êtres solitaires qui écrivent incognito. Nous travaillons à nous sortir de la grisaille, à dépoussiérer nos œuvres confinées dans l’inédit, à rompre le voile qui étouffe la lumière.


Cette demande de subvention constitue pour moi une occasion d’effectuer un bilan, de marquer les jalons franchis vers l’objectif que je poursuis. Ai-je maintenu le cap ? Suis-je sur la bonne voie ? Que me manque-t-il pour m’en approcher ? Si je possédais une somme d’argent à investir dans mon projet, à quoi servirait-elle ? À qui m’adresser ?


Le formulaire m’apparaît long, rébarbatif. Je sens la maîtresse d’école derrière mon dos qui pose des questions difficiles auxquelles elle attend des réponses intelligentes. Je dois réfléchir, démontrer le sérieux de mes intentions. Réflexe : pourquoi me donner tant de mal, ne pas profiter de cette belle journée de convalescence ?


L’effort me rebute. Mon esprit se laisse séduire par le mot « poussière » qui figure aussi sur la carte. Il me ramène de façon inévitable à la phrase terrible que le prêtre nous rappelait chaque année le mercredi des Cendres. Il fallait nous souvenir que nos corps avaient été tirés de la terre et qu’ils y retourneraient. Il nous enjoignait de rester humbles, puisque nous n’étions rien, juste un peu de poussière.


Pourtant, sous la loupe des rayons de soleil, elle danse avec joliesse, la poussière. C’est elle qui m’amusait autrefois en provoquant les éternuements de mes sœurs. Encore aujourd’hui, elle s’habille de magie le soir, à la campagne, lorsque la poussière d’étoiles emplit le silence.


Je trouvais attendrissante la poussière sur les vieux meubles. J’ai déchanté lorsqu’est tombée sur mes épaules la responsabilité de chasser l’envahisseur sur ordre de ma mère, représentante sans reproche d’une longue lignée de ménagères. La poussière, elle rend folles mes voisines de toutes les époques qui, chaque jour, secouent leur torchon du haut de leurs galeries. Avec leurs cheveux ébouriffés et leurs vêtements informes, elles semblent prophétiser un enterrement qui viendra tôt ou tard.


Poussière, pousse-hier vers demain, elle abdique toute beauté, toute poésie, quand les terrains sont fracturés par les bulldozers pour extraire les trésors qui se cachent dans la croûte terrestre, quand les plaques tectoniques cahotent sous les villes, cambriolent les plus démunis, arrachent des vies aux bras aimants. La poussière monte dans les courants d’air ascendants comme des volutes, elle s’envole, puis retombe avec la pluie. Boue.


Secouer mon manteau de poussière, congédier la grisaille qui recouvre mon humeur, qui décolore mes écrits et les pages les plus merveilleuses que n'a jamais produites l’humanité. Revenir au jeu, à l’essence du plaisir, à mon objectif. Attraper mon chiffon, faire reluire. Allons compléter cette demande de subvention dans laquelle je dois insuffler une âme.


Objectif du site Les fauteurs de mots : multiplier les voix et les voies de la littérature, agrandir le territoire du possible pour ceux qui ne jouissent pas des ressources personnelles suffisantes pour l’autoédition papier ou numérique. Un outil gratuit, mais sérieux.


Révision de l’objectif : 1) atteindre davantage de personnes, 2) accroître l’intérêt pour une tribune littéraire numérique ouverte à tous 3) inviter d’autres auteurs et autrices à participer au blogue, à y développer les sujets qui les allument 4) faire connaître ma boutique.


En y repensant, une définition plus précise de l’objectif de mon site surgit. Elle s’inspire d’un passé pas si lointain alors que je menais un projet avec une équipe installée dans un local à l’écart de l’entreprise. Mes collègues l’appelaient avec affection « la garderie », car s'y activaient de jeunes professionnels pour qui j'agissais comme formatrice, mentore, source de motivation. Je devais les instruire des directives à suivre, partager mon expérience et stimuler le moral des troupes dans cet environnement isolé de la matrice. J’avais appliqué le principe selon lequel tout le monde, sauf exception, cherche à offrir le meilleur de soi. Confiance et bienveillance, mes leitmotivs, ont fourni des résultats satisfaisants.


Au fond, je veux faire du site Les fauteurs de mots une pouponnière de talents. Éventuellement, j’aimerais que les auteurs et autrices deviennent autonomes dans la gestion de leur page numérique.


À quoi me servirait cette subvention

Je crois me situer encore dans la première phase des Fauteurs de mots. Pour évoluer, je songe à un contrat avec une firme marketing pour une réflexion stratégique et un plan d’action qui soutiendrait ma vision pour favoriser la diffusion, l’accessibilité et la découvrabilité des œuvres littéraires mises en ligne. Dans un premier temps, il faut évaluer mes besoins, réaliser un autodiagnostic professionnel, mettre noir sur blanc mes forces et mes faiblesses, établir un plan d’action réaliste, comprendre et décortiquer les tâches à accomplir, attribuer une durée à chacune d'elle en vue des soumissions à déposer auprès d'autres compagnies aptes à concrétiser le plan marketing ébauché.


Les retombées attendues

Je consacre presque tout mon temps à l’écriture et à mon site Les fauteurs de mots. La réalisation d’un mandat marketing viserait à le faire connaître davantage, à créer un milieu dynamique d’inspiration pour moi et pour les personnes qui l’utilisent, à m’entourer de gens habités par la même passion de la littérature et de l’écriture. Je nourrirai ces pages web aussi longtemps que mes facultés cognitives me le permettront, mais je voudrais assurer une relève.


Besoin monétaire

Je ne pensais jamais parler d’argent dans ce blogue. Dès le début, Les fauteurs de mots ont pris la forme d’une entité sans statut juridique. Personne n’est rémunéré ni ne le sera jamais, si ce n’est le produit des ventes dans la section boutique. (il est prévu d'en remettre l'entièreté aux auteurs et autrices). La subvention espérée couvrirait les frais de maintien du domaine, d’hébergement par le serveur, de la boîte de messagerie, ainsi que le coût d'une offre élargie grâce aux conseils d’un consultant marketing.


La maison que je bâtis, je la désire visible, solide, la faire reposer sur un continent accessible à tous, la concevoir lumineuse avec tout le confort nécessaire pour que s'y épanouissent tous ses résidents.

[i] WARREN, Louise. Vivaces, atelier mobile de lecture et d’écriture, Éditions du Noroît, 2022.

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