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Création et tracasseries administratives

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

L’année démarre en force avec un atelier sur le thème de l’infiniment petit, le projet d’inclure en boutique Les Fables de Roussel de Stéphanie Roussel et la remise de mon dernier manuscrit aux éditeurs. La gestion d’un site Web apporte son lot de tracasseries administratives. Pour les ateliers d’écriture et les billets de blogue, je crée des pages d’archives et j’établis les nouvelles URL. En ce qui concerne les fables de Stéphanie Roussel, la demande de numéros ISSN et ISBN m’introduit au monde de la numérotation éditoriale et à ses ramifications insoupçonnées. Me voilà obligée de m’inscrire auprès du Registraire des entreprises. S’ajoute un ennui important, le fait que Google et Bing ne fournissent pas les réponses attendues en ce qui a trait aux résultats de recherche en ligne. Certaines pages sont indexées, d’autres non. J’ai assisté à un webinaire en anglais pour démêler les raisons de l’affichage inadéquat, mais je ne suis pas plus avancée. Je devrai accorder quelques heures (quelques jours ?) encore à la question.




Le dépôt de mon roman a requis un écrémage d’éditeurs et de collections qui pourraient l’accueillir, l’examen des exigences de format imposées, la rédaction de lettres distinctes qui présentent les motifs de mon choix, l’envoi par la poste ou par courriel et quelques déplacements en ville. Est-ce la fatigue hivernale ? La vue des glaçons qui pendent aux gouttières et la pluie-neige-brume-verglas récurrente alourdissent mes tâches, affectent ma concentration. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois pour compléter toutes ces activités.


Je balance à la corbeille tous les accusés de réception automatiques qui atterrissent dans ma boîte de messagerie. Je ne m’illusionne pas sur la suite. Commentaires passe-partout m’avisant d’un refus, correspondance plus substantielle au soutien d’un rejet ou invitation à effectuer des modifications sans garantie de contrat à la clé. Chaque fin de non-recevoir directe ou plus diplomate — j’ai transmis une vingtaine de copies, pour la plupart au Québec — m’atteint comme une sorte de micro-violence. J’affronte un tribunal sans corps ni visage : comité armé de grilles d’évaluation, groupe de lecteurs qui attribuent des notes comme à l’école, ou assistant solitaire et parfois même l’éditeur lui-même, tous assaillis par des milliers d’individus qui, comme moi, aspirent à la reconnaissance. Pas leur faute, mais blessure à cicatriser.


Tant d’effort consacré à un livre qui ne paraîtra pas, pour une grossesse qui accouchera sur le non-être, ne se vit pas sans douleur ni remise en question. Est-ce que je continue ? Une chute d’adrénaline succède au surmenage, conséquence du lâcher-prise nécessaire combiné à l’énergie dépensée pour des événements bénévoles en lien avec la période des Fêtes, les réunions familiales et l’ensemble des gestes posés dans l’espoir, cette fois, de faire vraiment plaisir.


À l’inverse du poupon sur qui on pratique une vigilance inquiète pour qu’il survive à tous les accidents de la vie et développe tout son potentiel, ce manuscrit qui a pris forme un mot après l’autre durant une ou des années quitte le domicile sans promesse de s’épanouir. Dès qu’il se matérialise en une entité réelle et définitive, sur papier ou dans un fichier numérique, rien ne sert de courir derrière lui. Il voyagera autonome, orphelin. Peut-être ne deviendra-t-il jamais ce dont nous avons rêvé pour lui. Non publié, il demeurera dans les limbes.


Janvier n’est pas un mois très drôle. Soleil pâle. J’ai perdu mon petit compagnon, un voyou affectueux. Certes, je ne m’ennuie pas des promenades survoltées auxquelles il m’obligeait sur les trottoirs sournois de mon arrondissement ni de son appétit vorace pour les bas et les gants. Ce doux ami m’a enseigné le langage de la joie sans condition, de l’attachement à la meute, de la présence bienveillante auprès des siens.


Je m’enfuis vers février à toutes jambes en essayant de ne pas songer à tous ceux qui ne passent pas l’hiver. Résolution fragile. Malgré la veille que nous exerçons auprès de notre entourage, des âmes tombent en silence. Colère, culpabilité, tristesse, un trio nuisible à souhait, constituent le sort de tous ceux qui portent le souvenir d’une lumière vacillante, affaiblie par un vent hypocrite qui a attendu qu’on regarde ailleurs pour exécuter son forfait. Quand aucun signal ne nous avertit du bris d’amour, quand le corps fomente en secret la désagrégation des organes vitaux, qu’y pouvons-nous ? Qu’est-ce que j’ai dit ou fait, qu’est-ce que je n’ai pas dit, pas fait ? Pensées inutiles et délétères. Aucun phare ne dilue la nuit noire au milieu de la tempête. Tandis que des gardes sont postés aux portes de mausolées, de palais commémoratifs ou de propriétés privées, aucun vigile ne peut assurer la défense du souffle qui s’éteint.


Le froid nous encapsule dans une humeur sombre quand le feu intérieur n’est pas nourri. Je lis David Goudreault (Les lettres attachées) et Leonard Cohen (Le livre du désir), poésie produite à des étapes bien différentes de leur vie. L’un s’exprime avec fougue, l’autre cultive l’amertume. Tous deux magnifiques. Les poètes éclairent les saisons misérables, les paragraphes décousus de l’existence. Allez, nouveau chapitre, j’enfile ma dernière phrase, il reste tant à accomplir.

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